Publié dans Politique

Interview - Le sénateur Berthin Randriamihaingo répond au président du Sénat

Publié le lundi, 29 avril 2019

Le Sénat a connu ces derniers temps une effervescence inhabituelle. Le président du Sénat Rivo Rakotovao parle d'une trahison de ses compagnons de route. Les sénateurs, presque toutes tendances confondues, accusent leur président de faire preuve de mauvaise foi manifeste, traduite par un immobilisme  total alors que la conjoncture demande un peu plus de synergie entre les institutions de la République. Le sénateur Berthin Randriamihaingo, en n'étant plus membre de ce parti qui domine cette Chambre haute, est plus disposé à livrer une vision plus objective pour éclaircir l'opinion car, en réalité, ce qui se passe au Sénat est presque  en grande partie un tour de bras de fer entre membres même d'un parti d'abord, avant de devenir une affaire de toute une institution. Interview.
La Vérité (+) : Le bouillonnement au Sénat, ces derniers temps, a fait couler beaucoup d'encre et votre nom a été même cité pour être parmi ce que la presse appelle « les frondeurs » de la Chambre haute. Quelle serait votre version des faits ?

Sénateur Berthin Randriamihaingo (=) : Si la presse interprète ce bouillonnement dans cette Chambre haute comme une manœuvre politique pour faire partir le président actuel, ce sera par ce que le Président Rivo Rakotovao l'a interprété ainsi à travers ses multiples déclarations dans la presse. En réalité, c'est une manière pour lui de jeter la responsabilité à propos du dysfonctionnement flagrant de la Chambre haute sur les sénateurs en général et quelques membres de cette institution, en particulier.


Depuis la prise du pouvoir du nouveau régime, les sénateurs, toutes tendances confondues se  sentent frustrés par la gestion de l'institution qui laisse à désirer et c'est la raison pour laquelle  l'atmosphère est délétère. L'opinion en général remarquera sûrement que cette institution était complètement absente des différentes affaires nationales brûlantes, ces derniers temps, alors que la loi fondamentale stipule clairement que la Chambre haute est en charge de conseiller  l'Exécutif et en même temps veille sur tout ce qui relève des questions sociales et économiques des collectivités territoriales décentralisées. Pire encore, dans la haute sphère politique et de la gouvernance, des bruits circulent selon lesquels le président du Sénat n'a jamais rencontré le Président de la République pour un tête-à-tête quelconque. Qu'on le veuille ou non, un tel comportement est interprété comme une non-reconnaissance du pouvoir en place. Peut-on alors parler d'un fonctionnement normal et méritoire de la Chambre haute et les sénateurs ont raison s'ils demandent une mise au point sérieuse avec le président Rivo Rakotovao.

(+) : Néanmoins, le président du Sénat se porte victime de ce qu'il appelle « Trahison » des membres de son propre parti.

(=) : Ce qu'il rapporte dans les colonnes de la presse est en quelque sorte vrai car ses compagnons de route sont en train de lui tourner le dos ces derniers se sentent complètement frustrés voire écœurés. Dans son faciès actuel, le Sénat  reste le bastion du HVM qui est considéré comme dans le camp de l'opposition mais ce n'est pas une raison pour traîner la Chambre haute soit dans l'indifférence totale face à tout ce qui se passe dans le pays, soit carrément se cantonner dans l'immobilisme total de celui qui est en charge de la présider. Par son geste, le président Rivo Rakotovao veut démontrer qu'il n'a rien à voir avec le régime actuel. Par contre, nos avis unanimes sont simples, chacun peut adopter le comportement politique qu'il veut mais une institution de la République doit par contre embrasser dignement les responsabilités que la loi fondamentale lui a assignées. Dans tous les cas de figure, le Sénat, de par ses rôles et responsabilités, doit être obligatoirement sur tous les fronts des problèmes sociaux et économiques dans cette phase de reconstruction nationale mais ne doit  pas être un problème en plus avec la résistance passive manifeste et gênante de son président. L'opinion doit être au courant, par exemple, que depuis l'avènement de ce nouveau régime du Président de la République Andry Rajoelina, aucune mission du Sénat n'est descendue sur terrain pour constater de visu et résoudre ces différents problèmes sociaux, se constituant en foyers de tension alors que tout cela relève avant tout de ses responsabilités.

(+) : Cette situation s'explique-t-elle par le passé de cet ancien parti majoritaire ?

(=) : A l'époque, on parlait de discipline de parti, de loyauté et de respect de la hiérarchie mais jamais de dialogue et d'échange d'idées. Qu'il soit à la tête du parti ou à la présidence du Sénat, il se considère comme le seul détenteur de la vérité, évitant chaque fois la concertation et le dialogue.
Si les sénateurs HVM en ont ras-le-bol, en ce moment , c'est par ce qu'ils sont conscients que leur propre chef n'est autre que le fossoyeur de leur propre parti pour engendrer ces débâcles inédites dans l'Histoire politique de la Grande île et ce ne sera pas du tout l'ancien Président Rajaonarimampianina qui dira le contraire. Tout le monde se souviendra encore longtemps de ces manœuvres de « Rodobe ho an'ny fisandratana » ou encore le « Voromahery » pour créer des fissures au sein du parti majoritaire de l'époque et à l'origine de son piètre score à l'élection présidentielle. Au lieu de rassembler les sénateurs actuellement autour des intérêts  du peuple malagasy au-delà des clivages politiques, il continue ses manœuvres de division à sa manière et au reflet encore des scandales au Paon d'or.

 (+) : Est-ce que vous n'imaginez pas par exemple que les déclarations à maintes reprises  du Président  de la République Andry Rajoelina, concernant l'avenir du Sénat comme dimanche dernier, au palais des Sports, pourraient être un facteur majeur de la léthargie  de son président qui paralyse en fait  cette institution ?

(=) : Que le Sénat ne survive que dans une petite période déterminée ou continue à vivre jusqu'au terme de son mandat légal, un président d'une Institution n'a pas le moindre droit de mettre à mal le rouage des institutions de la République ni par son angoisse politique ni par ses sautes d'humeur politique .Un homme d'Etat pense avant tout aux biens du peuple et de la Nation. La vraie valeur d'une institution est avant tout la cohésion de ses membres autour de ses missions partant du savoir-faire et du leadership de celui qui en charge de la diriger pour mieux embrasser ses responsabilités au service du peuple. Si ces valeurs s'éclipsent pour une raison ou pour une autre, l'essence même de  cette institution s'éteint comme c'est le cas actuellement. Pour illustration de ce flagrant dysfonctionnement, si tous les chefs d'institution étaient présents à la cérémonie de présentation du bilan des 100 jours du régime au peuple malagasy, notre président se permet le luxe de la snober.

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