Publié dans Politique

Assaut meurtrier des dahalo à Maintirano - Témoignage d’un citadin

Publié le mercredi, 02 janvier 2019

Au petit matin du 12 décembre, deux gendarmes de la compagnie de Maintirano ont perdu la vie à Antsilomialo, Antsaidoha Bebao, pour avoir escorté cinq agents recenseurs, tous de sexe masculin, pour le compte de l’Institut National de la statistique (INSTAT) dans le cadre de l’enquête post-censitaire de couverture. Scène irréaliste, selon le récit de Tantely Randrianatoandro. Ce jeune de 25 ans, marié et originaire de Moramanga, en était un des témoins oculaires. Entretien.

La Vérité (+) : Pouvez-vous localiser géographiquement le lieu du drame ?

Tantely Randrianatoandro (=) : Nous avons atteint Antsilomialo, commune rurale d’Antsaidoha Bebao, le 11 décembre. C’est un hameau de cinq cases situé à environ 120 km de Maintirano et à la lisière du District de Besalampy. Les occupants appartiennent tous à une même lignée. La marche à pied s’impose pour s’y rendre. Pas de voiture surtout durant la saison pluvieuse.

+ : Quel était le motif de votre venue à cet endroit ?

= : J’étais contrôleur lors du troisième recensement général de la population et de l’habitat (RGPH III) du 25 mai au 10 juin 2018. Je suis de nouveau recruté pour l’opération post-censitaire. Du 24 novembre au 7 janvier, normalement. L’équipe dont je fais partie s’occupe de trois grappes dans le Melaky. Nous étions cinq à parvenir à Antsilomialo. Notre superviseur ne pouvait pas terminer le trajet. Il avait les pieds enflés à cause de la longue marche. Nous étions avec deux gendarmes (ndlr : éléments d’escorte).

+ : Et c’était pour ce faire que vous êtes tombés nez-à-nez avec des bandits armés ?

= : Nous avons débarqué à Antsilomialo dans la soirée du 11 décembre après avoir rencontré le chef fokontany. Sa résidence est à une heure de marche de là. Une autre rencontre est prévue le lendemain. Nous, les étrangers, dormions tous dans une même case. Les habitants ont profité de la présence des gendarmes pour passer la nuit chez eux aussi. Les voleurs de zébus, les dahalo, visitent leur village presque chaque semaine. Mais ils n’entendent en aucune façon évacuer le coin meme à leurs risques et périls.

+ : Vraiment ?

= : Un dénommé Paoly nous l’a dit. Le 12 décembre, aux environs de 4 heures et demie du matin, nous étions réveillés par une femme qui nous a informés de l’arrivée des bandits. Ils étaient au nombre de 39 dont trois étaient armés de fusils de chasse. Des coups de sifflet mêlés de coups de feu étaient entendus dehors sans que nous ayons eu le temps d’organiser notre propre autodéfense. Immédiatement, les deux gendarmes (ndlr : encore en tenue civile) ont armé leurs kalachnikovs. L’un d’eux a riposté en tirant sur les assaillants. Il a reçu des balles au niveau du cou. Il pouvait encore reculer pour éviter des tirs supplémentaires sur lui. Il n’a pas encore rendu son dernier souffle de suite. Mais il ne pouvait plus répondre aux questions de son collègue. Puis, ce dernier était sorti par la fenêtre pour affronter les ennemis dehors. Nous n’avons pas pu voir comment il a été abattu, lui aussi. Nous avons seulement vu qu’il a reçu des balles à la poitrine. Les meurtriers lui ont de plus arraché le bras gauche.

+ : Qu’avez-vous fait entre-temps  ?

= : Pour notre survie, nous étions restés dans la maison en nous collant les uns contre les autres dans un coin. Les agresseurs ont intimé à la femme qu’ils ont capturée de leur indiquer s’il y avait des hommes dans la case. Ils ont aussi demandé à voir Paoly qui a réussi à s’enfuir avec le reste des habitants. Lorsqu’ils ont ouvert la porte, nous sommes sortis pour nous présenter à eux. Nous nous sommes agenouillés de notre plein gré devant eux en leur suppliant de nous laisser la vie sauve. Nous leur avons expliqué que nous étions des recenseurs. Ils nous ont demandé si nous étions en possession de fusils. La réponse était non.

+ : Vous ont-ils pris aussi pour des gendarmes ?

= : Ils ont cru à notre sincérité. Ils nous ont quand même frappés avec les manches de leurs javelots sans en avoir utilisé les pointes pour nous terroriser. L’un d’entre eux avait la bonté de nous protéger. Puis, leur chef a pris congé du groupe en se dirigeant vers le sud. Après quelques pas, un coup de sifflet mêlé d’un coup de feu ont retenti pour inviter le groupe à s’en aller. La femme qu’ils ont eue entre leurs mains en a profité pour disparaître dans la nature à sa manière.

+ : Qu’est-ce qu’ils ont alors emporté avec eux ?

= : Ils ont emmené des bœufs, des volailles et des biens personnels. Ils ont aussi pris tous nos équipements, y compris tablettes, questionnaires et ordres de mission. Ils ont mis le feu à deux des maisons avant de repartir. A peine ils ont franchi cinq mètres que l’un d’eux se retourna brusquement vers nous en ramenant la kalachnikov du gendarme qu’ils ont abattu à l’extérieur de la maison. « Tenez-la si vous voulez nous suivre ». Nous lui avons rétorqué que nous ne savions pas comment manier les armes à feu. Quelques secondes plus tard, un autre disait à son ami de récupérer le chargeur encore rempli de munitions en laissant le fusil d’assaut par terre. Ils n’ont pas touché à celui du premier gendarme tué à l’intérieur de l’abri.

+ : Qu’est-ce qui s’est passé après ?

= : Puisque la zone est connectée, nous avons appelé au secours. Une fois les éléments de renfort sur place, ils se sont mis aux trousses des criminels. Ils ont retrouvé nos papiers et le chargeur vidé de son contenu. Des ex- militaires auraient peut-être intégré la bande. Nous avons entendu dire que les gendarmes iraient ratisser le secteur intercalé entre Besalampy et Maintirano. Mais nous n’en savions pas trop.

+ : Qu’en était-il du renforcement de votre sécurité ?

= : Antananarivo nous a ordonné de cesser le travail et de rentrer sur-le-champ. Mais les gendarmes nous ont encore retenus pour quelque temps.

+ : Vous avez embarqué dans une expérience potentiellement dangereuse ?

= : Je n’ai pas compris le fait que les habitants ont pu quitter leur habitation avant même la venue des dahalo. Ils auraient peut-être été alertés par avance par les mohara (talismans) de protection qu’ils portent tous sur eux contre leurs ennemis, selon leur croyance. Quant à nous, des journaux ont rapporté que nous étions morts. Pourtant, nous sommes restés en vie grâce à Dieu.

Propos recueillis par M.R.

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