Publié dans Politique

Jean Eric Rakotoarisoa - Une dernière chance de rattraper les erreurs passées

Publié le lundi, 14 mai 2018

Le temps mis par la Haute Cour constitutionnelle pour statuer sur l'action intentée par les députés pour le changement contre le Président en exercice témoigne de l'extrême tension à laquelle les membres de cette haute juridiction sont soumis, étant donné l'impact de la suite qu'ils donneront à la question sur l'avenir à très court terme du pays. En effet, il est sûr que le pouvoir en place n'a pas manqué de mettre la pression, d'une manière ou d'une autre, sur les hauts conseillers afin que ceux-ci, comme les fois précédentes, trouvent une issue qui lui soit favorable.

Il reste cependant que, décréter le statu quo, c'est-à-dire débouter la requête des 73 députés, risque fort de provoquer l'embrasement de l'actuel mouvement de contestation, les manifestants ayant désormais épuisé toute voie de recours légal pour le déboulonner le chef de l'Etat alors qu'ils jugent ce dernier, depuis le dérapage sanglant du 21 avril dernier, inapte à diriger le pays.
La question que devraient se poser les juges constitutionnels, s'ils font preuve de réalisme, est de savoir pour combien de temps encore Hery Rajaonarimampianina (et d'une manière générale, le régime HVM) pourra perdurer au pouvoir si, cette fois-ci encore, il est tiré de la mauvaise passe dans laquelle il s'est lui-même empêtré. Car à supposer qu'il soit sauvé de la déchéance et que par la suite il se soumet au verdict des urnes, peut-on valablement penser qu'il aura sa chance contre ses deux principaux adversaires si les élections se déroulent normalement?  Mais même, si miracle des fraudes électorales étant, il franchit les deux tours de la présidentielle, on doute fort qu'il ne puisse rester à la tête du pays qu'une petite poignée de mois avant d'être balayé par un mouvement populaire encore plus vaste, vu la manière avec laquelle il aurait été réélu. A l'image du premier président du pays Philibert Tsiranana qui, sorti victorieux de l'élection de janvier 1972 pour un troisième septennat à 99,72% des suffrages, fut renversé en mai de la même année, suite aux manifestations ayant abouti au carnage du 13 mai, événement qui a donné son nom à cette place mythique du centre-ville de la Capitale.
Redorer le blason
De telles perspectives valent-elle la peine, pour des magistrats de haut vol d'une juridiction prestigieuse qu'est la HCC, de souiller davantage la toge, au risque, de surcroît, de s'attirer les foudres d'une population déjà chauffée à blanc par l'arrogance des gens du pouvoir et du HVM en particulier ? Vu le caractère désormais éphémère du règne de Hery Rajaonarimampianina quel que soit le cas de figure envisagé (cf. ci-dessus), la requête en déchéance des 73 députés se présente plutôt comme une opportunité, pour les hauts conseillers d'Ambohidahy, de redorer leur blason ainsi que celui de la Haute Cour. Pour le Président de la HCC Jean Eric Rakotoarisoa en particulier, il s'agit là d'une dernière chance de rattraper les erreurs passées, dont les interprétations très contestées des articles 54 et 72 de la Constitution, respectivement relatifs à la nomination du Premier ministre et au mandat impératif des députés, ainsi que le fameux « pacte de responsabilité » sorti d'on ne sait où pour sauver Rajaonarimampianina de la déchéance, pour ne citer que celles-là.
S'il est vrai que, bien qu'il en soit le président, Jean Eric Rakotoarisoa ne décide pas tout seul au sein de la HCC, il n'en demeure pas moins que ce dernier a été particulièrement éclaboussé par les décisions et avis controversés de cette Cour durant tout le mandat de Hery Rajaonarimampianina. L'homme, en effet, du haut de sa chaire de professeur d'université, était connu de ses étudiants pour ses remarques et critiques incisives face à toute situation de non-droit de la part notamment des pouvoirs publics, quels qu'ils soient. Il paraissait alors étonnant qu'il n'ait pas fait preuve de persuasion  -  où il excellait pourtant  -  auprès de ses pairs face à l'incongruité flagrante de certaines orientations prises par la Cour.
Quoi qu'il en soit, Beaucoup ont vu, dans le toilettage opéré récemment par la HCC sur les lois électorales, un début de retour vers le véritable rôle de cette haute juridiction. D'aucuns estiment que prononcer la déchéance du Chef de l'Etat, une sanction par ailleurs juridiquement fondée, se situe dans le prolongement de ce mouvement.
Hery Mampionona

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Editorial

  • Point de droit
    Aristote (384-322), un philosophe de la Grèce antique, l'auteur de la célèbre pensée « l'homme est un animal politique », dans son exposé thématique sur la vertu, prônait le concept du « juste milieu ». Il invitait toujours l'homme à chercher la médiane entre un « par défaut » et un « excès ».Une philosophie qui avait largement contribué ou influencé à la conception de la pensée occidentale. Une sagesse que le monde de l'Ouest, par la voie du dialogue, tente de prioriser autant que possible. La recherche du consensus marque les progrès dans toute démarche de règlement de conflit. On bannit toute tentative au fanatisme et à l'intégrisme.

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