Publié dans Politique

Séminaire annuel de la société civile - Révélations fracassantes du Maire de Sainte-Marie

Publié le lundi, 20 novembre 2017

Si les maux infligés par le régime actuel aux Malgaches étaient une maladie, elle aurait développé la forme de résistance la plus radicale. Les violations des droits humains à Madagascar sont trop importantes pour pousser les différentes entités nationales, régionales et internationales à briser le silence. Le Parlement européen et la conférence des évêques en font partie (voir article par ailleurs). Les dénonciations qu’ils ont formulées la semaine passée sont sans appel.

En effet, les faits énergiquement décriés en Europe et chez nous ont aussi alimenté les débats durant le quatrième séminaire annuel de la société civile au Motel Anosy Antananarivo les 16, 17 et 18 novembre. Les rencontres qui se sont déroulées en présence des représentants du corps diplomatique ont permis aux parties prenantes de faire le tour d’horizon sur l’état actuel des choses chez nous.
Crophe Beassou, maire de la commune urbaine de Sainte-Marie, un élu TIM par défaut, et ses administrés sont parmi les souffre-douleur du régime actuel. L’origine de leur mal a des liens avec les trafics des ressources naturelles comme les concombres de mer et les bois de rose. La haute sphère du pouvoir et autorités à tous les niveaux y sont impliquées. L’expérience de l’île de Sainte-Marie en soi résume la déplorable situation du pays.
Prenant la parole lors du séminaire, l’élu, armé de courage et de détermination, avec l’appui des organisations de la société civile, dénonce publiquement les méfaits du régime en place. Environ 80 % des habitants de l’île vivent de la pêche. Pourtant, des activités illégales menacent celle-ci. Crophe Beassou a pris le défi d’y mettre un terme après son installation à la tête de l’administration municipale en octobre 2015.
« Le premier problème rencontré est que les forces de l’ordre et les autres responsables sont du côté des trafiquants », révèle l’orateur. Le trafic de bois de rose était aussi tombé dans son escarcelle. Un répit a pu être observé fin 2015 quand les représailles ont commencé à se faire jour dès début 2016. « J’ai reçu beaucoup de menaces à tel point que j’étais obligé de demander conseils auprès de l’ONG GRET  », raconte le maire.
La plateforme de concertation pour le développement de Sainte-Marie est ainsi née. Mais les autorités étatiques l’ont vue d’un mauvais œil. Pour cause, la validation du règlement intérieur n’est intervenue qu’en décembre 2016 dans le but manifeste de qualifier son existence d’illégale. Plusieurs actions ont été menées entre-temps. Parmi lesquelles l’organisation d’une grande manifestation populaire urgeant l’arrêt immédiat de la pêche illicite dans les eaux autour de l’île.
Mais les Chinois n’ont rien voulu savoir. Ils ont exploité de façon abusive les concombres de mer. « La pêche de ces animaux est autorisée sous réserve des conditions prévues par la loi en vigueur. La taille minimale acceptée doit être de 11 cm et seule la pêche à l’apnée est permise. Pourtant, les Chinois paient des gens recrutés à Mahajanga pour collecter les concombres de mer à l’aide des bouteilles de plongée. Ils ont tout ramassé au fond de la mer », révèle le maire.
Très peu de gens savent que les concombres de mer fabriquent l’oxygène que les espèces marines ont besoin pour vivre. Elles méritent alors une stricte protection. Un bateau battant pavillon chinois était alors pris en flagrant délit à 15 km de la rive saint-marienne. Arrêtés, les membres de l’équipage sont amenés au poste de police.
« Même pas 30 minutes plus tard, ils étaient tous relâchés. D’un comportement agressif, ils se sont permis d’insulter le maire dans la rue. Ils étaient sûrs de l’appui derrière eux », regrette Crophe Beassou.
Les fréquentes menaces de mort, par appels cachés que le maire a reçues sont devenues de plus en plus sérieuses à partir de-là. « Je leur ai répondu que mon assassinat serait facile. Je leur ai dit de venir à mon bureau car je les y ai attendus », souligne l’interlocuteur. Finalement, il est monté à Antananarivo pour demander de l’aide de l’organisation faitière Alliance Voahary Gasy.
En même temps, il s’est efforcé de rapprocher davantage de ses administrés. Les malfaiteurs ont aussi fait autant. En conséquence, la population a pris momentanément la distance. Mais la confiance était rétablie après avoir renouvelé des opérations de sensibilisation. « Les habitants ne savent même pas qu’ils paient les salaires des fonctionnaires de l’Etat et celui du maire », témoigne-t-il.
En avril 2016, le maire est traduit devant la justice au motif inconnu. « J’étais convoqué au tribunal de première instance de Toamasina. C’était là-bas que j’ai su que l’accusation portait sur la légalisation d’un acte présenté par un escroc. J’ai laissé à la justice faire ce qu’elle voulait de moi car je savais pertinemment que c’était une machination », récite le maire.
« Je n’ai répondu à aucune des questions qui m’étaient posées. On m’a dit de prendre un avocat. J’ai rétorqué que je n’en aucunement besoin. Car je ne connaissais même pas les raisons de mon accusation », ajoute-t-il. Il a alors écopé d’un emprisonnement avec sursis de six mois. « Je ne savais pas de quoi il s’agissait exactement à l’époque », lance le concerné.
Les mésaventures continuent. Le 6 février 2016, le navire Lumina a mouillé l’ancres au port de Sainte-Marie sans pour autant que le patron de la municipalité en soit au courant. Il a seulement appris la nouvelle trois jours plus tard par l’indiscrétion d’un collaborateur qui l’a soupçonné d’avoir reçu de l’argent. « J’ai tout de suite appelé le directeur de l’Agence portuaire, maritime et fluviale (APMF). Celui-ci a refusé de parler prétextant qu’il en a reçu l’ordre », révèle le maire.
« Je lui ai accordé 5 minutes pour débarrasser mon île de ce navire. Après moult conversations, il a avoué que le navire transportait à son bord 100 tonnes de bois de rose en provenance de Maroantsetra. Entre-temps, un avion spécial
d’Antananarivo a atterri avec à son bord des gens hauts placés dont un général, un haut cadre du ministère de l’Intérieur et de la Décentralisation et un haut fonctionnaire du ministère de l’Environnement, de l’Ecologie et des Forêts »,
poursuit-il.
Face à l’insistance du maire, le préfet de Sainte-Marie lui a passé un appel l’intimant de coopérer pleinement.
« Monsieur le maire, vous ne pouvez pas coopérer ? » En guise de réponse, l’élu a prié le représentant de l’Etat d’accélérer le départ du navire incriminé. « Peu de temps plus tard, le ministre de l’Environnement (ndlr : Johanita Ndahimananjara) m’a appelé. Elle me demandait ce qui se passait à Sainte-Marie. Je lui disais de ne pas faire semblant d’ignorer le cas. Elle était bien au courant de tout », souligne Crophe Beassou.
Un groupe de journalistes à bord d’un avion spécial de Toamasina a débarqué en même temps. L’affaire était ainsi ébruitée à une échelle plus importante. « Quelques temps plus tard, une personne inconnue est venue chez moi. Elle me disait que la première dame était derrière les bois de rose transportés par le navire Lumina et du trafic des concombres de mer. Je ne savais pas si c’était véridique ou non. Mais je priais mon vis-à-vis de sortir de mon bureau sur-le-champ. Je ne suis pas complice des trafiquants quelle que soit leur identité », continue l’élu.
Après son départ, un ami d’enfance au ministère de l’Intérieur l’a informé de l’imminence d’un audit en vue de son éventuelle destitution. Le contrôle inopiné a effectivement eu lieu deux jours plus tard. En réalité, l’interrogatoire concernait un arrêté municipal interdisant l’exportation du charbon de bois à la grande terre (Soaniarana Ivongo). On lui a dit que c’était illégal car le commerce est libre sur toute l’étendue du territoire de Madagascar.
Puis, il a reçu une nouvelle information l’avertissant de la venue, d’Antananarivo, d’une délégation chargée de l’expulser de la mairie. « On s’est préparé à l’accueillir. On a mis en place la stratégie. Les habitants se sont déjà postés partout. Ils se sont organisés à fermer de force l’aéroport et le port au cas où… Personne ne sortirait vivant de Sainte-Marie si telle était le cas ce jour-là. On était tous déjà prêts », révèle le maire en toute quiétude.
Les envoyés sont effectivement arrivés à bord d’un avion spécial. Le directeur de cabinet de la première dame et un haut cadre du ministère de l’Intérieur étaient parmi eux, selon les précisions. « Je n’en savais pas trop sur leur vraie identité. De toute manière, je m’absentais à l’aéroport pour leur souhaiter la bienvenue. Ils ont tout de suite rejoint leur hôtel et n’ont rien fait le premier jour. Moi, je les ai attendus à mon bureau », observe le maire.
« Le deuxième jour, les membres de la délégation ont organisé une réunion avec quelques habitants. Ils leur informaient qu’ils étaient chargés de trouver un terrain pour la construction d’une nouvelle église FJKM. Puis, ils sont
repartis », note l’orateur.
Pour toutes ces raisons, la population de Sainte-Marie est pénalisée. « J’ai encore beaucoup à raconter. Les menaces de mort sont régulières. Mais ce qui est affligeant, c’est que mon administration est privée de budget de fonctionnement depuis début 2016. Le trésor public de Fenoarivo Atsinanana dont nous dépendons a toujours de quoi à dire sur nos projets d’investissement et de fonctionnement pour bloquer nos dus », regrette le maire.
Selon lui, il paie de ses propres moyens pour les fournitures de l’état-civil. « Pour l’assainissement, les amis opérateurs aident pour l’achat des carburants et ce depuis janvier 2016. C’est la sanction la plus lourde qui nous est réservée après que nous avons montré notre détermination à combattre les trafics. Cela ne me pose pas trop de problème. Mais c’est injuste pour la population. Heureusement, elle est restée calme jusqu’ici », prévient Crophe Beassou.
« Point n’est besoin de baisser pavillon. C’est un engagement personnel. C’est un défi qui venait de mon cœur. Je demande seulement aux différentes organisations militant en faveur des droits humains d’aider ceux qui œuvrent pour les biens communs. La corruption est un poison qui mine Madagascar. Si j’avais l’esprit étourdi, j’aurais pu m’enrichir facilement. On m’a plusieurs fois proposé 50, 100, 200… millions d’ariary pour monnayer mon silence », fait savoir Crophe Beassou.
Les représailles sournoises se multiplient à son encontre.  Je suis prêt à toute éventualité. Dans sa proposition de résolution commune à propos de Madagascar datée du 15 novembre, le Parlement européen dénonce, entre autres, l’arrestation arbitraire de journalistes, de défenseurs des droits de l’homme et de militants écologistes pour de fausses accusations (…), entre autres.
Manou Razafy

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Editorial

  • Le crash !
    La compagnie nationale Air Mad doit trouver, présentement, 7 millions de dollars pour faire face à ses dépenses courantes. Un besoin immédiat sinon la compagnie s'acheminera vers la cession de paiement. La mauvaise nouvelle qui vient de tomber n'arrange pas du tout l'affaire en ce sens qu'elle (Air Mad) a perdu contre le litige avec Air France. En effet, le Tribunal de Commerce de Paris a tranché en faveur d'Air France. Air Mad doit payer 47 millions de dollars US de plus.  

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