Publié dans Politique

Epidémie de peste - Rajaonarimampianina, de grâce taisez-vous !

Publié le mardi, 10 octobre 2017

La sortie médiatique de Hery Rajaonarimampianina sur l’épidémie de peste était très attendue par la population. Hier il l’a fait en profitant de son passage à Ankorondrano pour assister à la donation de médicaments, équipements et consommables médicaux de l’Organisation mondiale de la Santé, du Fonds des Nations unies pour l’enfance et l’agence des Etats-Unis pour le développement international à l’Etat malagasy pour lutter contre la peste.  Grande fut cependant la déception de l’opinion.  

 

Face aux nombreuses inquiétudes, au lieu de tenir uniquement des propos rassurants pour ses compatriotes, le Président de la République malagasy Hery Rajaonarimampianina a préféré minimisé encore la gravité de la situation, au cours d’une interview en marge de la remise de dons, pour sa première intervention publique depuis le début de l’épidémie à la fin du mois d’août dernier. 

A une question sur un retard dans la prise de mesures face à l’épidémie, le locataire d’Iavoloha assure que les autorités locales ont pris toutes les mesures nécessaires. « Chaque année, des responsabilités sont prises. Et nous avons déjà pris nos responsabilités. Pour ne parler que des dons que nous avons reçus aujourd’hui, leur importation ne date pas d’aujourd’hui, et ce n’est pas un spoutnik qui les a apportés ici aujourd’hui » dit-il, pince sans rire.  Dans la foulée, le Chef de l’Etat a précisé que des cas pareils de peste sont enregistrés chaque année. « Il ne faut pas paniquer par rapport à la situation parce que la peste c’est une maladie qui a toujours existé pratiquement tous les ans » relativise Hery Rajaonarimampianina. Et lui de se contredire pourtant par la suite en reconnaissant : « On est dans une guerre (...) et aujourd'hui je crois qu'on a les armes et les munitions pour combattre cette épidémie »… Des armes qui, pour rappel, sont fournies par les organismes internationaux. 

Décalage

Depuis le début de l’épidémie à la fin du mois d’août dernier, le Chef de l’Etat n’avait pas daigné sortir de son mutisme pour 

parler du problème. Au vu et à l’écoute de sa réaction d’hier, beaucoup estiment qu’il aurait dû rester  dans son mutisme. En effet, au lieu d’apporter uniquement son soutien à la population déjà fragilisée par  la pauvreté et l’insécurité, qui doit également faire face à l’épidémie de peste,  la réaction du Chef de l’Etat prouve une nouvelle fois qu’il est en complet décalage avec la réalité et les attentes de ses compatriotes. S’il s’est voulu rassurant, ses propos donnent en  effet plutôt l’impression 

qu’il prend l’épidémie  à la légère.  Dans le contexte actuel, le numéro Un malagasy aurait ainsi pu épargner ses propos tardifs et mal venus à la population malagasy.  Des paroles de soutien ou de compassion de la part du numéro Un du pays auraient suffi à rassurer, un tant soit peu, ses concitoyens. Faut-il encore rappeler que la maladie de la peste qui se propage de manière inquiétante sème actuellement un vent de panique, notamment dans les localités où des cas ont été confirmés et où des décès ont été recensés. En quelques jours seulement, cette maladie a causé la mort d’une quarantaine de personnes, selon les données fournies par le ministère de la Santé publique malagasy.   Une situation qui a créé la psychose dans la population malagasy et ailleurs également. En effet, la panique a débarqué ces derniers jours dans les îles sœurs. Les populations des îles Maurice, Seychelles, Comores ou encore La Réunion ont affiché en effet des réticences  légitimes ces dernières heures à accueillir sur leurs sols des vols en provenance de la Grande-île de crainte que la maladie ne se propage sur leur territoire. 

En tout cas, ce n’est pas le premier dirigeant à minimiser de la sorte l’épidémie.  Avant que l’épidémie n’explose aux yeux du monde à cause ou grâce au décès de l’entraineur de l’équipe seychelloise de basket le 27 septembre, et que l’État prenne des mesures drastiques pour lutter contre l’épidémie, le ministre de la Santé publique malagasy Mamy Lalatiana Andriamanarivo avait crié sur tous les toits que la situation était  « maitrisée »... Rajaonarimampianina évite Ambohimiandra !

Centrale d’achats  Salama Tanjombato, ministère de la Santé à Ambohidahy, Dhl Ankorondrano ou encore Institut Pasteur Avaradoha. Telle est la liste des endroits visités hier par le Président de la République de Madagascar Hery Rajaonarimampianina hier. Bon nombre d’analystes n’ont pas manqué de se demander quelle est la raison de cet entrain soudain du Chef de l’Etat ? En effet, depuis le début de l’épidémie, dont les premiers cas ont été décelés à la fin du mois d’août, le locataire d’Iavoloha s’était muré dans un silence « assourdissant ».  En tout cas, pour tous ceux qui sont doués d’une logique, l’on se sera également demandé pourquoi le Chef de l’Etat n’a pas jugé utile  de rendre visite au Centre hospitalier anti-pesteux à Ambohimiandra en particulier et les centres hospitaliers en général... où sont traités les cas de peste pour apporter son soutien aux patients et aux médecins qui sont au front pour mener la guerre contre la peste. 

Recueillis par A.R.

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