Publié dans Politique

Détournement à Antsirabe - Le maire et consorts sommés de payer 678 millions d’ariary à l’Etat

Publié le jeudi, 13 juillet 2017

L’argent a une vertu enivrante. Le ministre des Finances et du Budget, Gervais Rakotoarimanana, par l’arrêté numéro 5308/2017-Mfb/Sg/Dgb/4365 du 9 mars 2017, a sommé trois hauts responsables municipaux d’Antsirabe de payer à l’Etat au profit de la Commune urbaine éponyme la somme de 677 759 325,11 ariary. Ce montant représente la valeur des recettes non versées au trésorier municipal de la ville, selon l’article 1 de l’arrêté ministériel.

Le commandement  de payer fait suite au  rapport numéro 09-Mfb/Sg/Dgt/Dbifa.Cf du 24 novembre relatif à un cas de détournement de recettes de ladite Commune urbaine. En effet, Noëline Ravololonirina, ancien régisseur de la Commune urbaine avec le maire Paul Andriamasitera Razanakolona sont conjointement sommés de restituer à l’Etat 431 177 460,40 ariary. De même, le troisième adjoint au maire Lucien Randrianambinina est ordonné à verser 54 310 343,00 ariary. Avec le maire, celui-ci est aussi tenu de rendre 192 271 521,71 ariary.
Mesure suspensive
Une copie de l’arrêté est adressée à tous les échelons du pouvoir depuis le secrétariat général de la Présidence jusqu’aux principaux concernés eux-mêmes en passant par le ministère de la Justice. En effet, le règlement de l’affaire est confié à la Justice malgache. Mais d’aucuns sont étonnés du non-avancement du dossier jusqu’ici. L’on soupçonne ainsi que l’on ourdirait quelque part un plan pour faire échouer la démarche engagée par l’Etat. L’investigation diligentée par la direction de la Brigade d’investigation financière et de l’audit (Dbifa) auprès de la Direction générale du trésor public, un service opérationnel depuis 1963, accule l’équipe dirigeante de l’administration de la capitale du Vankinankaratra. Elle a été à l’origine de la mesure suspensive prise par les conseillers municipaux à l’encontre du maire Paul Razanakolona. L’épisode a défrayé la chronique en janvier, février et mars.
Couperet
La cible, de plus en plus mouvante depuis sa mise en accusation, a réussi à éviter toute sanction définitive. Mieux, elle a su monter des astuces à même de la mettre à l’abri du couperet. Par exemple, sur sa proposition, une discussion directe avec le Premier ministre Olivier Mahafaly Solonandrasana, qui est aussi patron de la Décentralisation à Madagascar, a eu au palais de Mahazoarivo dans la journée du
7 avril pour désamorcer à temps un projet macabre ayant visé certains maires des grandes villes hors Hvm. La création en 2016 de l’Association des grandes villes de Madagascar (Agvm) va dans le sens de la stratégie protective. Cette entité d’un dynamisme enviable sous l’impulsion de son président, le maire en exercice d’Antsirabe, a organisé, du 8 au 9 juin à Antananarivo, un atelier de renforcement des capacités des Communes autour de l’autonomie financière à travers la fiscalité locale et les enjeux du développement des villes.
Mauvaise foi
L’occasion était pour Paul Razanakolona de cracher son venin sur le trésorier municipal d’Antsirabe qui lui a causé tant de maux, à
en croire ses dires. « Je demande son éviction (ndlr : le trésorier municipal) car c’est à cause de lui que je suis obligé de passer outre la loi des fois », a-t-il lancé. Selon le maire, cette personne, qui possède trois maisons dans la ville d’eaux, a même osé refuser de suivre les consignes du Premier ministre. Le magistrat de la ville a accusé le fonctionnaire de l’Etat d’insubordination et de mauvaise foi. « Je lui ai dit qu’il est mon employé et, de ce fait, il n’a pas le pouvoir d’entreprendre un contrôle financier sur mes actions. Plus tard, il a fait venir des éléments de la Brigade d’investigation financière », a regretté le maire incriminé qui a énergiquement dénoncé « le méfait du corporatisme sur le processus de développement à Madagascar ».
Tendance croissante
Une nouvelle dispute autour d’un fonds d’environ 3 milliards d’ariary destiné à la construction d’un gymnase couvert éclate en ce moment même. Placé au trésor d’Antsirabe, il reste inaccessible à l’équipe du maire pour l’heure. De fait, lors des journées portes ouvertes des organes de contrôle des finances publiques, du 15 au 16 juin au Carlton Anosy, Antananarivo, la Dbifa a bien souligné que les quelque 167 contrôles annuels réalisés par ses 29 agents portent sur la vérification des recettes et des décaissements du secteur public.
Les malversations financières signalées étaient de 304 millions d’ariary en 2014, 753 millions d’ariary en 2015 et de 1,680 milliard d’ariary en 2016. Une tendance croissante a été alors observée depuis l’avènement du régime Rajaonarimampianina.
Manou Razafy

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