La vérité si je mens - Refondation (Fanorenana) ! |
| Écrit par Patrick Rajoelina |
| Samedi, 11 Avril 2009 00:00 |
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On peut tout transformer, on peut être l’alchimiste de toutes les transfigurations, mais on ne transforme pas la réalité. Or, la réalité, à l’approche de ces fêtes de Pâques 2009, est que notre pays traverse des heures particulièrement graves, sombres et pour tout dire, humiliantes.
En quelques malheureuses semaines, plus de 200 de nos frères ont perdu la vie et environ un millier de nos
compatriotes ont été blessés, parfois grièvement.Notre pays ne sait pas où il va. Ses dirigeants (mais qui dirige notre Grande île aujourd’hui ?) se sont coupés de la population malagasy ainsi que de la communauté internationale. Malgré ce brouillard, il faut cependant aller de l’avant dans nos projets. Il faut retrouver la Lumière et pardonner autant qu’on le peut à ceux qui ont transgressé notre idéal national de Fihavanana. Il faut aussi montrer beaucoup de fermeté dans la restauration de l’ordre et punir justement les coupables des crimes commis. Quitte à me répéter, je veux dire qu’il nous faut surtout en profiter pour réfléchir à notre avenir collectif, construire notre réflexion et entamer enfin ce vaste chantier de la Refondation. Il y a urgence, aujourd’hui, d’apporter des propositions concrètes, chiffrées et réalisables à nos compatriotes. Et cette Refondation (ny Fanorenana) de notre Nation malagasy doit se faire autour de nos vraies valeurs, celles de la solidarité, de la non-violence et du dialogue entre tous. Ces vraies valeurs ancestrales qui sont tellement différentes de ces « valeurs » meurtrières et de ces comportements cyniques que sont l’incompétence et la corruption érigées en mode de gouvernance (pillage systématique de nos terres, de nos entreprises publiques, de nos mines…). La Refondation de notre Nation, c’est avant tout la mobilisation autour de notre économie. Car autant il est facile, pour quelques personnes téléguidées (et leurs donneurs d’ordre), de brûler les outils de production (entreprises, commerces, entrepôts…), autant il n’est pas aisé de (re)construire une vraie économie où la vraie liberté est laissée aux vrais entrepreneurs.
Les vrais entrepreneurs sont ceux qui chaque jour se battent contre les corrompus, les affairistes et ces oisifs qui se nomment pompeusement « opérateurs économiques » et qui ne sont en fait que des « suceurs de sang » et des affameurs (plus de la moitié de la population malgache vit avec moins de 2 euros par jour). Osons le dire !
La Refondation passe aussi par la réforme de notre société. Est-il digne aujourd’hui de n’avoir pour seule perspective que l’angoisse du lendemain dans un pays qui pourrait être facilement le « grenier à riz » de la grande région du sud-ouest de l’Océan Indien ? Les jeunes, les intellectuels et autres diplômés, porteurs d’un vrai savoir-faire qui ne peuvent s’exprimer, doivent se donner la main et prendre toute leur part dans la (re)construction de l’édifice national. Devrait-on s’excuser d’être cultivé, diplômé ou ouvert sur l’extérieur ? Pourquoi n’y a-t-il pas de perspective ? Pourquoi ceux qui ont dirigé ce pays depuis des décennies ont-ils fermé des
écoles et brimé les talents… ces talents qui, de guerre lasse, s’en sont allés à l’extérieur ?
Oui, le temps est venu de la Refondation, de cette Troisième voie qui conduira un peuple majeur, le nôtre, ailleurs que dans le mur, l’humiliation et la désolation ! Oui, diriger un pays nécessite un minimum de talent, de formation et de savoir-faire ! C’est vrai dans tous les grands pays. Et Madagascar est un grand pays ! Alors, mettons-nous aux normes ! Ce n’est quand même pas une insulte que de demander pour notre Grande île des dirigeants
intelligents, cultivés et lettrés. Et Dieu sait que Madagascar ne manque pas de ces personnes de talent ! Mais refonder notre Nation signifie en premier lieu qu’il faut nous accorder sur le sens que nous souhaitons donner à notre destin. Et cela ne peut se construire que dans le consensus, le Fihavanana. Et, de ce point de vue, les bâtisseurs de cette Refondation doivent être des Sages, des personnes d’expérience et même des érudits. N’en déplaise à ceux qui ne supportent pas les élites cultivées que l’on sait nombreuses dans notre Pays !A nous de trouver le meilleur moyen d’aller vers cette Refondation. A nous, d’emprunter ces voies ténues de l’écoute de l’autre, de la construction d’un avenir serein et de la prospérité économique. Je sais qu’il est incongru, voire superflu, aujourd’hui de parler de tout cela. Beaucoup disent souvent que l’essentiel pour la quasi-totalité de la population malagasy est de trouver, pour le lendemain, de quoi remplir son assiette de riz et de brèdes. Mais ne peut-on se poser pour réfléchir quelques instants, dans ce chaos, afin de nous entendre sur le sens que nous entendons donner à notre vie commune ? Nous savons tous, alors que les crises financières, économiques et sociales risquent de fortement perturber les économies occidentales, que le reste du monde a autre chose à faire que de se pencher sur le sort de tel ou tel pays.
Nous savons évidemment « qu’il ne faut compter que sur ses propres forces », comme le disait le président Mao. Nous savons que nous sommes isolés, dans tous les sens du terme. Alors, ce temps de la Refondation, c’est à nous de le décider ! Et cette Refondation, c’est aux femmes et aux hommes de bonne volonté de la construire. Allons-y, le temps presse ! Patrick Rajoelina |
| Mise à jour le Vendredi, 10 Avril 2009 19:45 |
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