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Editorial - La crise dans la crise

Écrit par V.R   
Lundi, 16 Février 2009 00:00
Les bailleurs de fonds veulent en découdre sur les sources de financement de l’avion présidentiel. Même si une telle démarche s’inscrit dans ce qu’il est convenu d’appeler un calendrier normal, cette insistance, en pleine crise grave, n’est pas tout à fait innocente.
En tout cas, elle tranche avec leurs langages antérieurs qui consistaient généralement à adresser des félicitations et des encouragements au régime actuel pour conclure à une bonne voie vers le développement du pays. De là à conclure que les institutions financières internationales vont dans le sens de la mise en exergue des dérives du gouvernement actuel, consistant essentiellement à bafouer l’orthodoxie financière, il n’y a qu’un pas qu’on n’hésite plus à franchir. D’autant plus qu’avec la question d’octroi de terrains à des sud-coréens, cet aéronef  revient systématiquement dans les discours et déclarations des manifestations anti-régime.
Le régime actuel, par le ministre des Finances et du Budget interposé, n’a certes cessé de monter au créneau pour apporter des explications qui, jusqu’à présent, tournaient davantage autour de la nécessité impérieuse pour le pays, un des plus pauvres du monde, de cette coûteuse acquisition  que de son source de financement. A travers les déclarations des deux côtés, le ton monte de plus en plus à telle enseigne que les observateurs se posent la question de savoir si les deux parties les tenants du pouvoir et les bailleurs de fonds traditionnels- ne s’acheminent pas vers une rupture. Bien que le sujet ne fasse l’objet de courts entrefilets dans les médias à cause de la crise actuelle,  ces mêmes observateurs le qualifient à juste titre de crise dans la crise avec une caractéristique commune qui est l’escalade. Il est encore prématuré de parler d’une autre chronique de rupture annoncée, cependant les signes annonciateurs ont déjà été notés, depuis quelques années. Ils sont plus nombreux qu’on ne pense mais on peut relever deux points importants. Le premier porte sur ces différentes décisions d’exonération de taxes et de suspension de mesures dont le seul et unique objectif est de favoriser les affaires privées du groupe appartenant au chef de l’Etat et qui n’ont pas toujours été bien vues par les partenaires techniques et financiers de la Grande île. Le second réside dans ces mêmes déclarations pour le moins contradictoires sur les mêmes questions. Juste un cas : celui du financement du Map présidentiel. Si les bailleurs de fonds ne tarissent pas d’éloges sur cette feuille de route sans engagement ferme en s’en tenant aux projets déjà signés ou en cours et les y intégrant avec plus ou moins de précision, les représentants du régime concluent à des accords de financement qui ne laissent aucun doute dans leur effectivité.
Là où les bailleurs de fonds ont véritablement du souci à se faire, c’est dans ces accords, d’abord en catimini ensuite rendus publics, avec d’autres pays –ceux émergents en général- conclus à tour de bras par le régime actuel. Ces accords ne peuvent être qualifiés autrement que de financements parallèles avec ce que cela suppose d’entorse à cette orthodoxie financière mais surtout de menace pour la tradition. Ce qui par ailleurs confirme et contribue à l’absence de sécurité des investissements sauf ceux à grande échelle -miniers et pétroliers- lesquels sont sujets à caution dans les clauses des contrats qui dans les détails, n’apportent quasiment rien à la population, surtout lorsqu’on fait la balance des infrastructures et leurs impacts sur ses conditions de vie notamment. Sans parler du manque de transparence des autres comme les constructions d’hôtels pour accueillir le sommet de l’Union africaine. 
Les pays émergents sont aux abois depuis les premières manifestations de la crise mondiale actuelle. Pour s’en sortir, et parce qu’il est impossible de parvenir à des lignes de conduite concertées, ils s’approchent de ces pays pauvres aux potentialités encore intactes mais qui ont surtout des dirigeants dénués de tout scrupule et d’éthique. Ces derniers ménagent encore les bailleurs de fonds traditionnels pour pouvoir bénéficier pendant un moment de leurs subsides qui, à plus ou moins court terme, seront revus à la baisse. S’ils jouent sur du velours, ils n’en sont pas déterminés à y faire face et en prenant d’ores et déjà leurs précautions en se tournant vers un ailleurs qui n’est pas trop regardant sur leurs visées contestables.
Il semble que cette crise dans la crise actuelle pèse de tout son poids dans le règlement du conflit actuel. Il y a encore deux signes qui ne trompent pas : l’interpellation des Etats-Unis et cette banderole anti-française au stade de Mahamasina lors du meeting pro-régime. Même si la tendance est à leur minimisation.
V.R
Mise à jour le Dimanche, 15 Février 2009 19:59
 

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