Publié dans Editorial

Orpheline

Publié le dimanche, 15 octobre 2017

Zafy Albert, celui qui fut pris pour le « chantre » de la démocratie, disparait à l’âge de 90 ans. La démocratie perd l’un de ses plus grands défenseurs, sinon son père. Avec lui disparait, aussi, la vertu de l’humilité et de la probité. Propulsé au sommet de l’Etat des suites des contestations populaires au début des années 90 mettant fin au long règne de l’Amiral rouge Didier Ratsiraka, le Professeur Zafy Albert inaugura un nouveau style de gouvernance. Président de la Haute Autorité de l’Etat, HAE, il assuma la fonction de Chef de l’Etat, en tandem avec un certain Guy Willy Razanamasy à la Primature, et ce, grâce à la « Convention de Panorama » en 1991.  Mais, le « couple » ne devrait pas durer assez longtemps ! L’élection présidentielle de 1993, tout juste après un Référendum constitutionnel, devra le confirmer au poste de premier Président de la Troisième République. 

L’ « homme au chapeau de paille », en dépit de son statut de premier magistrat du pays, n’a jamais  abandonné la cause du bas-peuple. Il sillonnait le pays et ne ratait point les occasions pour établir des contacts directs avec la population à travers les « Mada-raids » sur, presque, tout le territoire national. Avec Zafy Albert, la démocratie n’était pas un vain mot. Il conversait, souvent sans intermédiaire, avec les simples gens et écoutait leurs préoccupations. Il reconnaissait la liberté d’expression et d’opinion. Professeur Agrégé de Médecine, spécialité chirurgie thoracique, de son état, Zafy Albert voulut témoigner de son humilité et décida de rester humble, auprès de son peuple. Un style en contre-pieds avec son prédécesseur qui, en tant qu’Officier de la Marine, prônait le concept de la…distance, ne se mêlait jamais dans la masse populaire.    Cependant, pour bien diriger un pays, il ne suffit pas d’être honnête et humble, il faut aussi, surtout, de la compétence technique et du discernement. Les connaissances, haut de gamme, qu’il avait acquis en Médecine, ne lui servait uniquement pas à maîtriser les arcanes du pouvoir. Pourtant, il n’est pas un néophyte car en 1972, il occupait déjà le poste de Ministre de la Santé dans le Gouvernement Ramanantsoa. Et c’est là que le bât blesse !  Le Président de la République Zafy Albert péchait par l’inaptitude de ne pas avoir la haute main sur le régime qu’il dirigeait. Il a été, quelque peu déconnecté. Des maladresses qui lui ont coûté cher. Le pays s’enlisait. Les tragiques situations laissées par les crises de 1990-91 s’empiraient. De nébuleux investisseurs débarquèrent. L’épopée des financements parallèles semait la pagaille. En réplique, les bailleurs traditionnels serraient l’étau. En somme,  l’ « homme au chapeau de paille », le Professeur Zafy Albert, ne parvenait, après deux ans et demi de pouvoir, à inverser la tendance. Les échecs s’accumulèrent. A l’Assemblée nationale, largement dominée par les députés proches du régime, l’UNDD, le vote de l’empêchement n’avait pas pu être évité. Ainsi, le premier président de la Troisième République fut destitué. Sans broncher et en vrai démocrate,  Zafy Albert se plia. Et même, sans coup férir, il se candidata dès la prochaine mandature à Tsimbazaza. Déjà persécutée et meurtrie par un régime aux abois, la démocratie avec la disparition de cet illustre Professeur, perd son cher père. Une orpheline, difficile à consoler ! 

Ndrianaivo

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Editorial

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