Publié dans Dossier

13 mai 72 - 45 ans après, ils en parlent

Publié le vendredi, 12 mai 2017

Aujourd’hui,  jour pour jour, Madagascar commémore la journée du 13 mai 1972.  Cependant, la plupart des générations actuelles ignorent ce qui s’est vraiment passé lors de cette grande grève générale et quelles en sont les vraies causes. De la grève générale passant par les déportations à Nosy Lava pour finir par le renversement du Président Tsiranana, les évènements du 13 mai 1972 méritent un peu plus d’attention pour que les mêmes erreurs ne se reproduisent plus. 45 ans après, certaines personnes en parlent.


Yolande Raveloarison / « J’étais à Nosy Lava »
Alors que ses camarades de lutte soutenus par la population de la Capitale investissent l’avenue de l’indépendance le matin du samedi 13 mai 1972, Yolande Raveloarison, passait son deuxième jour de garde à vue à Nosy Lava. Arrêtée quelques jours auparavant à l’université d’Ankatso où se tenait quotidiennement  la réunion des conseils permanents des différentes entités ayant pris part à ce mouvement populaire, Yolande Raveloarison a été de suite embarquée avec plus d’une centaine  de manifestants en direction d’Arivonimamo. « Notre réunion se déroulait chaque nuit à l’amphithéâtre de la faculté des sciences à Ankatso et ce depuis un mois. Tout le monde savait qu’on risque gros et on s’attendait toujours que des Forces de l’ordre y feront irruption pour nous arrêter. Mais comme on était une cinquantaine à prendre part à cette réunion nocturne, le moral était toujours au beau fixe. L’arrestation tant attendue et redoutée survenait, je ne me souviens plus du jour exact, en pleine réunion. Des membres de  la Force républicaine de sécurité (Frs) armés jusqu’aux dents encerclaient notre salle de réunion. Ils nous ordonnaient ensuite de monter un à un dans leur camion. Le tout avec une brutalité inouïe », se souvient Yolande Raveloarison qui, à l’époque, représentait l’école normale d’Avaradrova avec une autre fille prénommée Rondro, membre également du conseil permanent dudit établissement scolaire.  A ce moment de l’arrestation, nous ne savons pas où ces membres des Forces de l’ordre vont nous emmener, narre Yolande Raveloarison qui de ses 21 piges n’a pas eu la peur de braver les dangers.  « On n’a cessé de crier et de chanter dans le camion afin de passer le message aux gens de l’extérieur quant à notre arrestation, d’autant plus que la file de camions militaires où nous étions embarqués, traversait des quartiers d’Antananarivo avant de prendre la Route nationale 1. Première étape, l’aéroport d’Arivonimamo où un gros avion de l’Armée attendait sur le tarmac. Tout le monde y était  introduit et c’était sans doute le pire moment de ma vie », continue Yolande Raveloarison. En effet, selon ses dires, le pilote français leur avait annoncé qu’il ne savait que faire d’eux. « J’attends l’ordre d’en haut mais il se pourrait qu’on vous jette en plein ciel », lançait-il sérieusement se remémore la jeune collégienne d’Avaradrova qui sentait à cet instant la peur qui lui montait petit à petit. Finalement, l’avion  a décollé au petit matin et a atterri quelques heures après à l’aérodrome d’Antsohihy. De là, le groupe des « détenus » a rejoint sur route Analalava avant d’être transferé par vedette à Nosy Lava.  « A notre arrivée dans cette île, il y avait déjà le Père Rémi Ralibera et Manandafy Rakotonirina  ainsi que André Resampa. Celui-ci n’a pas été arrêté dans le cadre du mouvement populaire mais a été accusé à l’époque de trahison », explique Yolande. La première nuit à Nosy Lava était la plus dure mentalement et physiquement, témoigne notre interlocutrice qui avance toutefois que les grévistes ont été bien traités durant leur séjour dont elle ne se souvient plus de la durée. Mariée quelques années plus tard avec Rakotobe Andrianabelina alias Nono, le défunt guitariste du groupe Mahaleo, Yolande Raveloarison Rakotobe est actuellement une retraitée  du ministère de l’Education
nationale.
 R. Michel

Famille Ratsimbazafy / Un accouchement secoué…
L’attente a été très longue. La journée a été mouvementée pour la famille Ratsimbazafy habitant à  Andavamamba. Etant une famille nombreuse, la mère allait accoucher de son neuvième enfant le jour du 13 mai 1972. Sur la route de l’hôpital, accompagnée par son mari, ils n’ont pas remarqué la moindre irrégularité ou un danger imminent. A 6 heures du matin, ils ont été déjà accueillis par des sages-femmes de la maternité de Befelatanana. Rentré à la maison pour récupérer d’autres articles indispensables à l’accouchement, le mari n’a pas pu en sortir que vers 16 heures. Suite à l’affrontement entre les étudiants et les Forces républicaines de sécurité (Frs)  à l’avenue de l’Indépendance à Analakely. Toutes personnes désireuses de se déplacer ont eu recours à d’autres moyens de locomotion. Ainsi, la libre circulation s’avérait être impossible. A Andavamamba comme dans les autres quartiers avoisinants, les usagers de la route doivent se munir d’une autorisation spéciale pour pouvoir circuler librement. En espace de quelques heures, le père de famille a enduré différentes épreuves et a couru de gauche à droite pour en avoir à sa disposition. Le laissez-passer obtenu, voilà que d’autres problèmes surgissent comme le blocage de toutes les rues de la Capitale par les Forces de l’ordre. Des barrages ont été mis en place partout notamment à Ampefiloha. L’itinéraire a, ainsi, changé et il a été obligé de passer par le tunnel d’Ambohidahy où les militaires étaient présents et en position de tir pour les moindres mouvements. « Ils nous ont forcé à courir tellement vite que le thermos rempli d’eau que j’ai emmené, était tombé. Un bruit identique à une explosion d’une bombe a créé la panique  qu’ils se sont rués vers nous, prêts à tirer », explique Marie Jacqueline, un membre de la famille. D’après ses explications, depuis le balcon d’une maison avoisinante à Andavamamba, les restes de la famille étaient horrifiés de voir dans la rue des dizaines d’étudiants grièvement  blessés. Par ailleurs, ce n’était que vers  19 heures qu’ils ont aperçu  la fumée se dégageant de l’Hôtel de ville à Analakely , a-t-elle continué. Néanmoins, la famille a été soulagée avec l’arrivée de Rahatamalala Odette au petit matin du 14 mai 1972.
Kanto R.

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