 La population de la Région Melaky vit actuellement dans la peur. Les « dahalo » sèment la terreur dans l’ensemble de cette Région et n’hésitent pas à tuer les éleveurs avant de voler leurs bétails. Pour protéger leurs biens, les villageois achètent des fusils. Parmi eux, Sadiky Babalahy et 18 autres paysans, habitants dans le District de Morafenobe. Mais, au mois de mai 2005, la Brigade de la Gendarmerie locale a donné l’ordre de réquisitionner ces fusils. Au total, 19 fusils de chasse (7 coups, 5 coups, double canons…) ont été collectés par les bérets noirs sous prétexte de les protéger devant la recrudescence des « dahalo ». Par peur, les villageois ont remis leurs armes aux Forces de l’ordre. Depuis, les villageois n’ont plus de nouvelles de leurs fusils. Une année après, c'est - à - dire en 2006, ils ont formulé une demande de restitution de leurs biens. Mais en vain ! L’année suivante, ils ont porté plainte auprès de la Gendarmerie locale et au Chef de District. Même refrain. Sur conseil du Chef de District, les victimes ont saisi la Justice. Une plainte pénale a été déposée au Tribunal de première instance de Maintirano, en 2008, et au Groupe d’appui de la police judiciaire (Gapj) de cette localité. Deux années après, les 19 fusils sont toujours introuvables et les responsables à la Brigade de la Gendarmerie de Morafenobe ne sont pas inquiétés. Curieusement, le premier responsable de l’armement dans cette Brigade a reçu une décision d’affectation pour une autre localité, sans avoir été enquêté sur cette affaire. Bizarre !
Un journaliste intimidé !
Depuis le mois de mai 2009, M. Babalahy est bloqué à Maintirano en espérant récupérer son fusil. Ce paysan continue son combat malgré les menaces et la perte de temps. Le mois de juillet de l’année dernière, il a eu le courage de dénoncer cette affaire sur les ondes de la radio « Mandomban’i Melaky ». Mais ce déballage (ampamoaka) n’a pas plu à certains éléments de la Gendarmerie ni à certains magistrats. Du coup, notre confrère travaillant pour le compte de cette station a été convoqué à la Gendarmerie pour enquête. La situation a failli dégénérer, car les victimes et une partie de la population se sont soulevées pour s’opposer à cet abus. Ce journaliste a été relaxé mais il a subi des menaces d’arrestation si jamais il s’entêtait d’interviewer Sadiky Babalahy et consorts. Parallèlement, les victimes ont saisi le commandement de la Gendarmerie nationale de Toby Ratsimandrava. Des papiers concernant la « saisie » de ces 19 fusils ainsi que diverses plaintes sont désormais entre les mains des hauts responsables des bérets noirs. Ils attendent avec impatience la suite de leurs doléances. Joint par téléphone, M. Babalahy nous a signalé qu’ils vont également saisir le ministère de la Justice pour que leurs plaintes ne soient pas classées sans suite. Ce qu’ils veulent, c’est la restitution de leurs biens. Profitant de notre entretien, Sadiky Babalahy nous a confié que le gendarme qui est le principal suspect dans cette affaire, a acheté (payé cash) une Land Rover d’une valeur de 80 millions d’Ariary en 2008. Vrai ou faux ? En tout cas, les enquêteurs sont là pour vérifier la véracité de cette information. De même pour les agents du Bianco (Bureau indépendant anti - corruption). Par ailleurs, ce même journaliste est également menacé d’une arrestation suite à son reportage, le 16 janvier dernier, sur la saisie d’une tortue de mer par des Gendarmes, chez les pêcheurs du village d’Ampasomandroro. Les hommes en treillis ont saisi ce « fano », après avoir menacé les pêcheurs par leurs armes, mais curieusement, ils n’ont pas remis cet animal protégé aux agents du ministère responsable. Aucun procès - verbal n’a été dressé sur cette affaire, selon les pêcheurs. En cas de besoin, nous sommes en possession de l’enregistrement de l’interview au cours de laquelle, les pêcheurs ont tout dénoncé. De notre côté, nous interpellons tous les hauts responsables du ministère de la Justice ainsi que ceux du Secrétariat d’Etat à la Gendarmerie à ouvrir une enquête sur les menaces et les intimidations, perpétrées par les membres de leur personnel, à l’encontre de notre confrère. Que la Justice soit faite pour que les promesses d’assainissement ne soient pas de simples slogans… politiques.
Recueillis par Alphonse Maka
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