A vrai dire, les Ambassadeurs des Etats - Unis, de la Norvège, d’Allemagne et de l’Union européenne ainsi que le Country manager de la Banque mondiale et le Directeur de l’Agence française de développement (Afd) ont carrément interpellé les autorités de la Transition sur l’exploitation illégale et les trafics de bois précieux dans cette partie de l’île. Aux yeux de ces bailleurs de fonds, ce type d’activités « représente une perte irréversible pour le capital naturel et collectif de Madagascar, et affecte d’autres activités économiques (dont notamment le tourisme), ainsi que l’image de Madagascar ».
Ce communiqué a suscité beaucoup de commentaires dans les milieux socio - politiques. Plus d’un s’interrogent sur l’opportunité d’une telle annonce alors que les mêmes « missionnaires » ne reconnaissent pas d’une manière officielle le Gouvernement de Transition comme interlocuteur. Pour pouvoir contourner ce problème de « reconnaissance », les auteurs de ce communiqué ont tenu à signaler que leurs « Institutions sont par ailleurs disposées à discuter avec les services techniques compétents des solutions possibles à ce complexe problème ». Or, la plupart de ces techniciens ont été nommés par les autorités de la Transition. Bizarre !
100 000 tonnes par mois
Pourquoi les bailleurs de fonds impliqués dans le financement de la conservation de la biodiversité à Madagascar ont – ils effectué une mission de telle envergure dans cette Région ? Or, à notre connaissance, l’exportation de bois précieux ne date pas d’aujourd’hui. A titre d’exemple, en 1998, selon le chiffre disponible au ministère de tutelle, Madagascar a exporté près de 100 000 tonnes de bois précieux par mois, contre 30 000 tonnes en 2000 et 2001. Déjà à l’époque, les produits provenaient des aires protégées, notamment dans les Parcs nationaux de Marojejy et de Masoala. De 1998 à 2000, le nombre de containeurs de bois précieux exportés au port de Toamasina a augmenté de 332 à 4 108. Pire encore, le Gouvernement Rabemananjara a signé un arrêté interministériel, n°003/09-MEEFT/MI du 28 janvier 2009, portant agrément à titre exceptionnel de l’exportation de bois de rose et d’ébène à l’état brut ou semi - travaillé, au profit de 13 opérateurs. Une autorisation exceptionnelle qui a provoqué une accélération de l’abattage des bois précieux à l’intérieur des aires protégées. A preuve, depuis la publication de cet arrêté interministériel jusqu’à la fin du mois d’avril de la même année, on a exporté 571 containeurs de bois de rose, soit d’une valeur de 120 millions de Dollars. Lors des perquisitions effectuées par les Forces de l’ordre, plusieurs tonnes de bois précieux ont été saisies dans les locaux de l’ancien Président Marc Ravalomanana. Des bois saisis, stockés dans l’enceinte du Palais d’Etat,qui ont mystérieusement disparu. De son côté, le Gouvernement de Transition a de nouveau autorisé, à titre exceptionnel, l’exportation de bois de rose (Arrêté interministériel n°38244/2009 du 21 septembre 2009) sous prétexte de liquidation des stocks autorisés. Et ceci, jusqu’au 30 septembre de la même année. « Passé ce délai, les bois de rose provenant des Régions Sava et Analanjirofo ne peuvent en aucun cas faire l’objet de dérogation d’exportation », devait indiquer une source officielle. Chose curieuse, malgré ce massacre, les partenaires internationaux de la Grande Ile ont brillé par leur mutisme absolu. C’est maintenant qu’ils sont conscients du danger qui guette la biodiversité malgache. Hélas ! Pire encore, ces bailleurs n’ont pipé aucun mot sur l’utilisation des fonds, qui, notons - le, s’élèvent à plusieurs centaines de millions de Dollars, alloués à la protection de l’environnement. A titre d’exemple, la mise en œuvre des Programmes environnementaux, repartis en trois phases. Les faits sont là. Malgré ces enveloppes financières faramineuses, la dégradation de l’environnement en général s’est aggravée. L’échec est cuisant au su et au vu des bailleurs de fonds. Un silence complice ! Des mesures concrètes En cette période de crise, on assiste à une recrudescence de l’exploitation illicite des bois précieux à l’intérieur des aires protégées. Raison pour laquelle, le ministère de l’Environnement et des Forêts a également redoublé d’efforts pour traquer les malfaiteurs. Outre l’interdiction de coupe des bois précieux et de leur circulation dans la Sava et Mananara Nord, en brousse et vers les villes, diverses mesures ont été prises afin d’assainir ce secteur dont l’élaboration du Code de l’Environnement. Par ailleurs, le ministère a décidé de créer la Task Force multisectorielle regroupant les Forces de l’ordre, l’administration forestière ainsi que les autorités locales. Mais, l’administration ne dispose que de moyens humain, matériel et financier limités. La suspension de l’appui des bailleurs n’a pas facilité sa tâche. Face à une telle situation, le ministre de tutelle a, à maintes reprises, sollicité les partenaires techniques et financiers à travailler de concert pour la sécurisation de l’ensemble de la zone (bouclage des points sensibles) et pour le bien de la biodiversité. Mais, une partie seulement a favorablement répondu à l’appel. Pour des raisons politiques ? Autre fait marquant dans le communiqué des bailleurs, ils n’ont fait aucune mention des quelques mesures prises pour éviter l’hémorragie. Visiblement, la biodiversité malgache est victime de conflits politiques. Basta !
Alphonse Maka
Assassinat d’un Peuple souverain…
L'échec de Copenhague est imputable à de nombreux facteurs : blocage de certains pays ayant des intérêts financiers dans les énergies fossiles ; faiblesse de l'engagement des Etats - Unis ; inefficacité de l'Institution onusienne ; manque de leadership de l'Union européenne ; égoïsme des Etats ne considérant que leur intérêt national ; etc. En effet, en décembre 2009 à Copenhague, les Etats industrialisés, les pays en voie de développement et ceux émergents ne se sont pas accordés sur les mesures de réduction des émissions de gaz à effet de serre à mettre en œuvre au sein de leurs pays respectifs avec des objectifs à court, moyen et long terme. Ce qui a amené ce Sommet, devant pourtant prendre des mesures draconiennes pour combattre les changements climatiques, à connaître le fiasco total. Alors qu’il devait accoucher des engagements fermes contre le réchauffement climatique, au travers d'un accord chiffré et contraignant, favorable à l'avenir de l'humanité, plutôt qu'aux intérêts nationaux à court terme.
Or, le plus curieusement du monde, des partenaires internationaux, dont les Etats - Unis, la Délégation de l’Union européenne, le Norvège, l’Allemagne et les autres, par le truchement de leurs Ambassades respectives dans le pays, viennent de crier à tue - tête, par encart médiatique interposé, hier, contre ce qu’ils qualifient de « trafics de bois précieux à Madagascar ». Ceci et selon le communiqué de presse dont il s’agit, « (…) du fait de l’importance des sommes engagées, depuis des années, par leurs Institutions dans les secteurs de la gouvernance forestière et de la protection de la biodiversité (…) ».
En tout cas, ces pays de l’opulence et de toutes les richesses ont eu le toupet criard de, d’après toujours leur encart publicitaire, « recommander un arrêt du système d’exceptions répétées qui favorise une spirale négative ». Ceci, en faisant allusion aux mesures prises par le Gouvernement Vital dans le but de, d’une part, faire évacuer à l’exportation les importants lots de bois précieux encore existants dans le pays et, de l’autre, renflouer les caisses de l’Etat par le truchement des importants droits et taxes inhérents à ces exportations.
En clair, les Etats - Unis et sa clique refusent, obstinément et aveuglément, à ce que leurs industries pharaoniques connaissent des contraintes dans le cadre d’une politique internationale visant à réduire les effets de serre. Mais ils s’arrosent, aigrement et outrageusement, le titre de Gendarmes du monde quand il s’agit de carrément donner ordre à un Etat souverain de ne pas exploiter ses propres richesses naturelles. Soi - disant, au nom du droit de regard tiré des astronomiques enveloppes financières qu’ils auraient injectées dans la gestion de ces richesses naturelles. Mais ces pays industrialisés ne réalisent - ils pas encore qu’ils sont les principaux auteurs de ces « crimes contre l’humanité », faisant monter en flèche les effets de serre et ayant généré ces séries de tremblements de terre et autres tsunamis ravageant des pays pauvres ou en développement (Tahiti, Chili ou Turquie) ? En tout cas, les choses sont limpides : parce qu’ils sont riches, les Etats - Unis & Co ne se soucient guère des conséquences désastreuses générées par leur politique environnementale assassine auprès des pays pauvres. Tout au contraire, dans le but clair d’enfoncer davantage ces derniers au fin fond du ravin de la misère, ils n’éprouvent la moindre scrupule à parler de « bonne gouvernance forestière et de protection de la biodiversité » pour défendre leurs propres causes et protéger leurs propres intérêts.
Quoi qu’il en soit, personne n’est dupe pour ne pas déceler que, avec ce communiqué de presse de l’incontestable ingérence dans les affaires internes d’un Etat souverain, les Usa et sa clique veulent tout simplement fermer le robinet des recettes nationales devant être générées par l’exportation de ces lots de bois précieux. En d’autres termes, ayant suspendu leurs financements, ces pays industrialisés veulent encore faire plier en quatre Madagascar et les 20 millions de Malgaches par leur ordre d’arrêt de l’exportation desdits bois précieux nationaux. Cette pratique porte un nom : assassinat, pur et simple, d’un Peuple souverain !
Rolly Mercia
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